Réforme des prix des médicaments au Maroc : ce que change le nouveau décret adopté le 22 juillet 2026



Le Conseil de gouvernement a finalement adopté, mercredi 22 juillet 2026, le projet de décret tant attendu sur la fixation des prix des médicaments. Une réforme majeure qui promet de réduire la facture des patients, de renforcer la soutenabilité de l'AMO, et d'encadrer plus strictement les prix des produits importés — mais qui ne fait pas l'unanimité.

Un décret qui met fin à des mois d'atermoiements

Ce n'est pas un secret : le chantier de la réforme des prix des médicaments au Maroc traînait depuis longtemps. Après plusieurs reports et révisions successives, c'est finalement sous la présidence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch que le projet de décret n° 2.25.631, modifiant et complétant le décret n° 2.13.852 du 18 décembre 2013, a été officiellement adopté.

Présenté par le ministre de la Santé et de la Protection sociale Amine Tahraoui, ce texte vise à adapter le cadre réglementaire à l'évolution du marché pharmaceutique national et à l'augmentation continue du nombre de bénéficiaires de l'Assurance maladie obligatoire (AMO).

Le report in extremis qui avait précédé son adoption avait alimenté toutes les spéculations. Selon Le360, reprenant le quotidien arabophone Assabah, ce délai aurait été dicté par des pressions conjuguées : celles de certains partis politiques en contexte préélectoral, et celles des lobbys de l'industrie pharmaceutique, notamment des laboratoires fabriquant des médicaments très onéreux. L'expert en industrie pharmaceutique Abdelmajid Belaiche avait à ce propos pointé des manœuvres visant à empêcher que le texte soit mis à l'actif du RNI, parti du ministre de la Santé.

Les trois objectifs structurants de la réforme

Tel que rapporté par Le Matin et Le Brief, le nouveau décret s'articule autour de trois axes fondamentaux :

  • Améliorer l'accès des citoyens aux médicaments en favorisant une baisse des prix et en allégeant le reste à charge des patients assurés.
  • Préserver la soutenabilité financière de l'AMO en réduisant les dépenses pharmaceutiques remboursées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la CNOPS.
  • Renforcer la compétitivité de l'industrie pharmaceutique nationale et consolider la souveraineté médicamenteuse du Royaume.

Ces objectifs s'inscrivent dans le prolongement des orientations royales relatives à l'accélération de la réforme du système national de santé et à la généralisation de la protection sociale.

Les principales mesures du décret

La fin de la logique de "l'escalier" pour les génériques

L'une des nouveautés les plus significatives, mise en lumière par Médias24, est l'abandon de la logique de l'escalier pour la fixation des prix des médicaments génériques. Désormais, les prix des génériques et des médicaments biosimilaires seront déterminés sur la base d'un pourcentage de réduction appliqué au prix de référence du médicament d'origine — une méthode plus directe et plus lisible.

La marge des importateurs fortement réduite

Parmi les dispositions les plus structurantes, Le Brief et Le Matin soulignent la réduction de la marge appliquée aux médicaments importés, qui passe de 10% à 2,5%, dans la limite des droits de douane effectivement acquittés. Une mesure qui devrait se répercuter directement sur le prix final payé par le consommateur pour les produits pharmaceutiques importés.

Une révision tarifaire pour les médicaments dépassant 300 dirhams

Le texte prévoit également une révision des prix des médicaments déjà commercialisés dont le prix de vente au public dépasse 300 dirhams. Cette révision sera effectuée sur la base du prix le plus bas relevé dans les pays de référence, une disposition qui concerne un segment non négligeable du marché pharmaceutique national.

Les médicaments "budgétivores" dans le collimateur

Le360 souligne que la réforme entend également s'attaquer aux médicaments dits "budgétivores", dont les prix par boîte peuvent osciller entre 10 000 et 90 000 dirhams, voire atteindre 130 000 dirhams dans certains cas. Ces produits pèsent très lourdement sur les dépenses de l'AMO et avaient justement cristallisé les pressions des lobbys pharmaceutiques contre le texte.

La périodicité de révision des prix raccourcie

Autre changement notable : la fréquence de révision des prix sera désormais fixée à tous les 3 ans au lieu de tous les 5 ans jusqu'à présent. Le décret instaure par ailleurs un mécanisme de révision automatique des prix des médicaments génériques, conformément aux modalités définies par le texte.

Le prix de référence international comme boussole

Pour les médicaments princeps (médicaments originaux), le prix de vente au public sera fixé sur la base du prix le plus bas enregistré dans les pays de référence. Un ancrage sur les marchés internationaux qui vise à éviter que le Maroc ne paye ses médicaments plus cher que d'autres pays comparables.

Ce que le décret ne règle pas (encore)

Industries.ma (Les Inspirations Éco) et Le Site Info rapportent une décision notable : le Conseil de gouvernement a reporté l'examen du projet de décret n° 2.26.549 portant application des dispositions de l'article 30 de la loi n° 27.26 modifiant et complétant le Code du médicament et de la pharmacie. Ce volet reste donc en suspens, laissant ouverts certains aspects réglementaires du secteur.

Les inquiétudes des pharmaciens d'officine

L'adoption de cette réforme n'a pas calmé toutes les tensions. Le Matin rapporte que la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc avait réclamé le report du texte, dénonçant une concertation qu'elle juge insuficiente. Les pharmaciens craignent que la réforme n'aggrave leurs difficultés financières, notamment en réduisant les marges sur certains produits.

Médias24 précise toutefois que le texte final préserverait près de 80% du chiffre d'affaires des pharmacies d'officine, et que la baisse du prix de certains médicaments actuellement peu vendus pourrait même, à terme, générer une hausse de leur volume d'activité. Un équilibre délicat que les mois à venir permettront de vérifier.

Le risque de pénuries : une épée de Damoclès

Au-delà du débat sur les marges, Le Matin et d'autres observateurs soulèvent une problématique de fond : la politique de baisse des prix pourrait, si elle n'est pas calibrée avec soin, provoquer des pénuries de médicaments.

L'expert Abdelmajid Belaiche rappelle que les réductions successives engagées depuis 2014 ont déjà conduit certains laboratoires à abandonner la production de médicaments devenus peu rentables. Il plaide pour une approche ciblée sur les traitements coûteux plutôt que des baisses généralisées.

Un impact attendu sur l'AMO et les finances publiques

La Vie Éco et Industries.ma insistent sur la dimension systémique de cette réforme : en réduisant les dépenses pharmaceutiques remboursées, le nouveau décret vise à renforcer la viabilité financière de l'AMO, dont le régime supporte une charge croissante avec l'élargissement de la couverture sociale à des millions de nouveaux bénéficiaires. L'enjeu est donc autant sanitaire que budgétaire.

Conclusion : une réforme nécessaire, mais à surveiller de près

Le nouveau décret sur les prix des médicaments constitue une avancée réelle dans la politique de santé publique au Maroc. En s'attaquant aux marges excessives sur les produits importés, en révisant les tarifs des médicaments coûteux et en instaurant des mécanismes de révision plus réguliers, il envoie un signal fort en faveur de l'accessibilité aux soins.

Mais comme souvent avec les grandes réformes, le diable se cache dans les détails de la mise en œuvre. Les tensions avec les pharmaciens, les risques de pénuries signalés par les experts et le report de certaines dispositions relatives au Code du médicament rappellent que le chemin vers un système pharmaceutique équitable, durable et souverain est encore long.

Sources : Médias24 · Le Matin · SNRT News · Le Brief · Le360 · La Vie Éco · Industries.ma · Consonews · Le Site Info · Le Reporter

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